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L’intelligence devient gratuite. Où passe la valeur ?

Le coût d’un même niveau de réponse a chuté d’un facteur 280 en dix-huit mois. Quand l’intelligence ne coûte plus rien, la rareté change de place.

Vers ce qui ne se copie pas : le contexte propriétaire et le droit d’agir. C’est la conclusion, et la suite de cet article explique pourquoi elle n’est pas une formule.

Les chiffres d’abord, parce qu’ils sont peu connus et spectaculaires. Interroger un modèle au niveau de qualité GPT-3.5 coûtait 20 $ le million de jetons en novembre 2022. Il en coûtait 0,07 $ en octobre 2024 : une division par 280 en dix-huit mois. Sur le niveau GPT-4, on est passé de 30 $ à moins de 0,50 $. La tendance observée, à capacité constante, est d’environ un facteur quatre de baisse par an.

Aucune ressource industrielle ne s’est jamais comportée ainsi.

Ce que ça détruit

La conséquence directe est que le modèle cesse d’être un actif. Choisir son fournisseur de modèle devient la décision la moins structurante d’un projet d’IA en entreprise, et c’est un renversement complet par rapport à 2023.

Trois choses disparaissent avec lui.

L’avantage de l’accès. Tout le monde a accès aux mêmes capacités, à quelques mois près, et l’écart entre le meilleur modèle et le troisième se referme plus vite qu’un cycle de vente.

La justification du prix par la technologie. « Nous utilisons les meilleurs modèles » n’est plus un argument, c’est une description de tout le monde.

Les démonstrations. Quand n’importe qui peut produire une démonstration impressionnante en une soirée, la démonstration cesse de discriminer, ce qui explique une part du taux d’abandon des projets et pourquoi les vraies causes d’échec sont ailleurs.

Ce que ça rend rare

Une ressource qui devient abondante déplace la rareté ailleurs, elle ne la supprime pas. Elle se loge maintenant dans trois endroits, et ce sont trois endroits que personne ne peut télécharger.

Le contexte propriétaire. Un modèle qui ne voit pas votre vivier, vos échanges avec vos clients et l’historique de vos missions devine. On estime que 85 % des erreurs d’agents en entreprise viennent d’un manque de contexte, pas d’une insuffisance du modèle. La conséquence est directe : votre ATS mal tenu ne vous coûtait pas grand-chose quand personne ne le lisait, il devient le facteur limitant du jour où un agent s’en sert.

Le droit d’agir. Lire est devenu presque gratuit ; agir ne l’est pas. Ce qui est difficile, coûteux et long, c’est d’obtenir qu’une entreprise accorde à un système le droit d’écrire dans son ATS, d’envoyer un message en son nom, de toucher à sa relation client. Cette permission ne s’achète pas au jeton : elle se gagne, elle se révoque, et elle se perd d’un coup.

La distribution. Être présent là où le travail se fait : la messagerie, l’outil de staffing, vaut plus que d’avoir une meilleure réponse dans une fenêtre que personne n’ouvre.

L’illusion d’optique de la facture

Un point que presque tout le monde manque, et qui a des conséquences budgétaires immédiates : le prix unitaire s’effondre pendant que la facture monte.

La raison est que la baisse est immédiatement réinvestie. Un agent qui coûte cent fois moins cher par jeton ne fait pas la même chose cent fois moins cher : il fait autre chose. Il relit, il vérifie, il essaie une deuxième approche quand la première ne donne rien, il tient une mémoire, il raisonne plus longtemps avant de répondre. Chacun de ces comportements est une amélioration réelle, et chacun multiplie la consommation.

Autrement dit, la baisse du coût de l’intelligence ne finance pas une économie, elle finance de la qualité. C’est une excellente nouvelle pour l’utilisateur et une mauvaise nouvelle pour qui espérait voir sa facture divisée par dix, et c’est pourquoi ce qui fait vraiment varier le coût d’un agent n’est presque jamais le tarif du jeton.

Ce que ça change pour un acheteur

Trois déplacements concrets dans une grille d’évaluation.

Cessez de comparer les modèles. La question « quel modèle utilisez-vous » a perdu presque tout pouvoir discriminant. Celle qui l’a gardé est : « que voyez-vous de mes données, et qu’avez-vous le droit d’en faire ? »

Regardez le coût d’intégration, pas le coût d’usage. Le premier se compte en mois et ne baisse pas ; le second se compte en centimes et baisse tout seul. Négocier le second en ignorant le premier est l’erreur d’achat la plus fréquente de 2026.

Évaluez la réversibilité. Si le modèle est interchangeable, l’éditeur qui vous enferme ne vous enferme pas sur de l’intelligence : il vous enferme sur vos propres connecteurs et votre configuration. C’est le seul angle sous lequel un standard comme MCP compte vraiment, et ce n’est pas un critère de capacité mais de sortie.

Et une ESN, qui vend de l’intelligence à la journée ?

C’est la question inconfortable, et il serait lâche de l’éviter dans un article publié par un outil destiné aux ESN.

Une société de services vend de l’intelligence humaine à l’unité de temps. Si l’intelligence artificielle voit son prix divisé par quatre chaque année, quelle est la trajectoire d’un modèle économique fondé sur le taux journalier ?

Notre lecture est que la pression ne s’exerce pas là où on l’attend. Elle ne porte pas sur le consultant senior qui arbitre, tient une relation client et engage sa signature : celui-là fait exactement ce qu’une machine ne fait pas. Elle porte sur la pyramide, c’est-à-dire sur le modèle qui consistait à facturer plusieurs juniors pour produire le volume que le senior encadrait.

Le signal est déjà visible dans le conseil : les cabinets qui vendaient uniquement du conseil perdent du terrain face à ceux qui livrent, exploitent et maintiennent ce qu’ils ont conçu. Le livrable cesse d’être un document sur la solution pour devenir la solution elle-même. C’est le même déplacement que celui qui rend le tarif au siège intenable pour un éditeur : on ne paie plus l’accès à une capacité, on paie un résultat entretenu.

Trois conséquences pour une ESN, et aucune n’est théorique.

Le volume cesse d’être vendable. Ce qui se facturait parce que ça prenait du temps ne se facturera plus, parce que ça n’en prend plus. Personne n’achètera trois jours de veille documentaire.

Ce qui se vend, c’est l’engagement. La responsabilité de tenir un périmètre, de répondre d’un incident, d’être là dans dix-huit mois. Une machine ne peut pas la porter, pour exactement la même raison qu’une entreprise ne peut pas être automatisée à 100 %.

La formation des juniors devient un problème à résoudre exprès. Le travail de volume était aussi l’apprentissage. S’il disparaît sans être remplacé par autre chose, la pyramide ne se resserre pas : elle se vide par le bas, et l’on découvre dans cinq ans qu’on n’a plus de seniors.

Notre position, et ce qu’elle nous coûte

Nous construisons Balt en partant du principe que l’intelligence sera gratuite et que la confiance ne le sera jamais.

Concrètement, cela veut dire que nous investissons peu dans ce qui va se commoditiser : le raisonnement brut, et beaucoup dans ce qui ne le fera pas : la qualité du contexte que l’agent reçoit, la précision des droits qu’on lui accorde, la trace de ce qu’il a fait, et la ligne au-delà de laquelle il demande.

Cette position a un coût commercial et il faut le dire. Elle produit des démonstrations moins impressionnantes que celles d’un agent à qui on a tout donné, parce que la moitié du travail est invisible : ce qui ne s’est pas produit ne se montre pas.

Elle a aussi une conséquence sur la façon dont un outil comme le nôtre devrait être facturé. Si l’intelligence tend vers zéro, facturer l’accès à l’intelligence devient intenable, et facturer le travail accompli plutôt que le siège cesse d’être une préférence pour devenir la seule position tenable dans cinq ans.

La prédiction que nous assumons est celle-ci : d’ici deux ans, plus personne ne vendra de l’IA. On vendra un accès, un périmètre et une responsabilité, et l’intelligence sera l’ingrédient le moins cher de l’ensemble.

Questions fréquentes

De combien le coût de l’IA a-t-il vraiment baissé ?

Le coût d’une requête au niveau de qualité GPT-3.5 est passé d’environ 20 $ le million de jetons en novembre 2022 à 0,07 $ en octobre 2024, une division par 280. Sur le niveau GPT-4, on est passé de 30 $ à moins de 0,50 $. À capacité constante, la tendance observée est d’environ un facteur quatre de baisse par an.

Si les modèles se valent, sur quoi se différencie un éditeur ?

Sur trois choses que le modèle ne fournit pas : l’accès au contexte propriétaire du client, la gestion des droits et des limites, et l’orchestration, savoir quel modèle appeler, quand, avec quoi en mémoire. Le choix du modèle de base devient la décision la moins structurante d’un projet d’IA en entreprise.

Faut-il attendre que les prix baissent encore avant de se lancer ?

Non, parce que ce n’est pas le prix des jetons qui vous freine. Le coût dominant d’un déploiement est l’intégration, la remise en ordre des données et le temps d’adoption des équipes. Attendre une baisse sur le poste le moins cher, c’est retarder le travail qui prend réellement des mois.

La baisse des coûts va-t-elle faire baisser le prix des outils ?

Pas mécaniquement. Le coût du jeton s’effondre pendant que la consommation par tâche augmente : un agent qui raisonne, réessaie et relit consomme dix à cent fois ce que consommait une requête unique. La facture d’un usage sérieux baisse beaucoup moins vite que le prix unitaire.

Sources

  1. Shelly Palmer, Price per intelligence unitshellypalmer.com
  2. The GTM Newsletter, The token price collapse (and why AI costs still increase)thegtmnewsletter.substack.com
  3. The AI Corner, Marc Andreessen on why the AI moat is not the modelthe-ai-corner.com

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