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Avant d’évaluer un agent IA, regardez vos données
Un vivier perd environ 30 % de sa fraîcheur par an. Un agent raisonne juste sur ces données fausses, avec assurance, ce qui coûte plus cher que pas d’agent.
Oui, mais pas toute votre base, et pas avant. Nettoyez le périmètre que l’agent va toucher en premier, au moment où il le touche. Le grand chantier préalable est une façon presque garantie de ne jamais démarrer.
La raison est arithmétique. Une base de contacts perd environ 30 % de sa fraîcheur par an, et 2,1 % des enregistrements deviennent invalides chaque mois. Sur dix mille contacts, cela fait près de trois mille fiches périmées la première année, puis deux mille cent de plus l’année suivante, en plus de celles qui l’étaient déjà. Vous ne nettoyez pas plus vite que ça.
Pourquoi une donnée périmée coûte plus cher avec un agent
Un humain qui ouvre une fiche datée le voit. La date du dernier échange, le nom d’un client qui n’existe plus, une disponibilité « immédiate » saisie il y a huit mois : il corrige mentalement et se méfie.
Un agent ne se méfie pas. Il lit la disponibilité comme une disponibilité, calcule, et vous rend une shortlist argumentée, structurée, immédiatement crédible. Rien dans le résultat ne signale que trois des cinq profils ont changé de poste.
C’est un renversement inconfortable : plus l’agent est bon, plus une mauvaise donnée coûte cher. Un outil médiocre produit des résultats qu’on vérifie par habitude ; un outil qui a raison neuf fois sur dix crée la confiance qui fait passer la dixième sans contrôle.
C’est aussi pourquoi l’intégration mal comprise est l’une des trois causes d’abandon des projets d’agents. On branche l’agent, il raisonne parfaitement sur des données fausses, l’équipe conclut que « l’IA se trompe », et personne ne regarde l’ATS.
Les quatre champs qui décident de tout
Dans un vivier de recrutement, la valeur ne se répartit pas également entre les champs. Quatre suffisent à déterminer si un agent sera utile.
La disponibilité. Le champ le plus périssable et le plus décisif. Une disponibilité sans date de saisie ne vaut rien : ce n’est pas une information, c’est un souvenir. Si votre ATS ne l’horodate pas, c’est le premier réglage à faire, avant tout le reste.
Les coordonnées. Un email professionnel se dégrade de 20 à 30 % par an ; un email vérifié aujourd’hui a environ 70 % de chances d’être encore valide dans un an. Les téléphones directs et les fonctions suivent, entre 15 et 25 %.
L’employeur actuel. C’est le champ dont l’obsolescence est la plus embarrassante commercialement : approcher quelqu’un chez un client qu’il a quitté, ou pire, chez celui qu’il vient de rejoindre.
La date du dernier échange. Le seul champ qui permet de savoir ce que valent les trois autres. Un profil dont on sait qu’on lui a parlé il y a trois semaines est exploitable même incomplet ; un profil parfait sans date ne l’est pas.
Un profil dont ces quatre champs sont justes est utilisable. Le reste : les compétences détaillées, les projets, les certifications, est du confort, et c’est justement ce qu’un agent sait reconstituer à partir d’un CV.
Le test des dix fiches
Il prend vingt minutes et vaut n’importe quel audit.
Tirez dix profils au hasard dans votre vivier, au hasard vraiment, pas les dix derniers. Vérifiez les quatre champs à la main : un appel, un coup d’œil LinkedIn, un email.
Sept sur dix justes, un agent sera utile dès le premier jour. Entre cinq et sept, il faut le cantonner aux profils récents avant de l’élargir. En dessous de cinq, ne déployez pas encore : vous produirez des résultats crédibles et faux, et vous brûlerez la confiance de l’équipe sur un problème qui n’est pas celui de l’agent.
Refaites le test trois mois plus tard. C’est aussi un indicateur de ce que l’utilisation de l’agent change à vos données, ce qui est le vrai sujet.
Le cas particulier des données éparpillées
Le problème le plus fréquent n’est pas la donnée fausse : c’est la donnée juste, qui existe, et que l’agent ne peut pas atteindre.
Une disponibilité annoncée dans un fil Teams. Un compte rendu d’entretien dans une boîte mail personnelle. Un besoin client dans un fichier partagé que trois personnes tiennent à jour et cinq consultent. Un dossier de compétences dans le Drive d’un business manager en congés.
Cette donnée-là est parfaitement fraîche et parfaitement invisible. L’agent conclura qu’un consultant n’a pas de compte rendu récent, ce qui est faux, et proposera un entretien qui a déjà eu lieu.
Deux réflexes valent mieux qu’un chantier de migration. Branchez l’agent sur les endroits où la donnée vit réellement, y compris la messagerie, plutôt que de faire semblant que tout est dans l’ATS. Et laissez-le écrire dans l’outil de référence : un agent qui range dans l’ATS ce qu’il trouve dans une boîte mail résorbe l’éparpillement par l’usage, sans projet ni réunion.
C’est aussi une bonne raison de regarder ce à quoi il se connecte avant de regarder ce qu’il sait faire.
L’ordre de nettoyage qui marche
Par ce que l’agent touche, dans l’ordre où il le touche.
Les consultants en mission et leurs dates de fin. C’est le périmètre le plus petit, le plus à jour, et celui dont la valeur est la plus immédiate : anticiper une fin de mission de trois semaines vaut plus que dix heures de sourcing. C’est aussi la quatrième semaine de délégation, donc vous avez trois semaines pour vous en occuper.
Les besoins clients ouverts. Une dizaine de lignes, souvent tenues à jour parce que quelqu’un en dépend. Vérifiez surtout qu’elles sont dans l’outil et pas dans une boîte mail.
Les profils touchés dans les six derniers mois. C’est le vivier réellement actif. Le reste est un actif dormant : il se réveillera quand une recherche le remontera, et c’est à ce moment-là qu’il faut le vérifier, pas avant.
Ce qui n’est jamais rentable, c’est de nettoyer les profils de 2022 « pour être propre ». Ils se dégraderont encore avant d’être utiles, et pendant ce temps l’agent n’est pas déployé.
Ce que l’agent répare tout seul, et ce qu’il ne répare pas
Il répare l’incomplétude. Un CV existe, la fiche est vide : il la remplit. Une fonction est mal saisie, le profil LinkedIn dit autre chose : il le signale. Un compte rendu d’entretien traîne dans une boîte mail : il le range.
C’est déjà considérable, et c’est un cercle vertueux : plus l’agent travaille, plus la donnée qu’il touche est fraîche, parce qu’il écrit ce qu’il apprend.
Il ne répare pas l’absence. Si personne n’a jamais noté qu’un consultant refuse les missions à plus d’une heure de chez lui, aucun agent ne le saura. Et il ne répare pas la donnée fausse mais plausible : une disponibilité « immédiate » de l’an dernier ressemble exactement à une disponibilité immédiate d’aujourd’hui.
D’où la seule règle qui compte : horodatez tout ce qui périme. Une donnée avec sa date de saisie n’est jamais complètement fausse : elle est datée, et un agent sait quoi faire d’une information datée. Sans date, elle est indistinguable d’une information fraîche, et c’est ce qui la rend dangereuse.
Ce que ça change à l’évaluation d’un éditeur
Deux questions valent d’être posées avant de signer.
Que fait l’outil d’une donnée dont il ne connaît pas la date ? La bonne réponse est qu’il le dit. Un agent qui présente une shortlist en indiquant « disponibilité non vérifiée depuis 8 mois » est infiniment plus utile qu’un agent qui présente la même liste sans mention.
Écrit-il ce qu’il apprend ? Un agent qui lit vos données sans jamais les enrichir vous laisse avec le même vivier six mois plus tard. Un agent qui met à jour la fiche après chaque entretien transforme votre base au lieu de simplement la consommer, et c’est ce qui fait la différence entre un outil de recherche et un collègue.
Questions fréquentes
Faut-il nettoyer toute sa base avant de commencer ?
Non, et c’est un chantier qui échoue presque toujours. Une base de dix mille contacts accumule environ trois mille enregistrements périmés la première année : vous nettoyez moins vite qu’elle ne se dégrade. Nettoyez le périmètre que l’agent touche en premier : les consultants en mission et les besoins ouverts, et laissez le reste vieillir jusqu’à ce qu’il serve.
Quels champs comptent vraiment ?
Quatre : la disponibilité, les coordonnées, l’employeur actuel et la date du dernier échange. Un profil dont ces quatre champs sont justes est exploitable même si le reste est incomplet ; un profil richement documenté dont la disponibilité date de l’an dernier ne l’est pas.
Un agent peut-il nettoyer les données lui-même ?
Il peut en signaler l’obsolescence et en recouper une partie avec des sources externes, ce qui est déjà beaucoup. Il ne peut pas savoir qu’un consultant a changé de poste si personne, nulle part, ne l’a écrit, et il ne le devinera pas.
Comment savoir si mes données sont suffisantes ?
Prenez dix fiches au hasard et vérifiez les quatre champs à la main. Si sept sur dix sont justes, un agent sera utile dès le premier jour. En dessous de cinq, il produira des résultats crédibles et faux, ce qui est le pire des cas.
Sources
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