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Un profil de candidat sur quatre sera faux en 2028
Gartner attend un profil faux sur quatre en 2028, et la moitié des candidatures fausses sur les postes IT à distance. 41 % des entreprises en ont déjà recruté un.
En déplaçant la vérification au moment où elle engage quelque chose, c’est-à-dire avant la signature et avant l’accès aux systèmes de votre client, plutôt qu’au dépôt de candidature où elle ne protège de rien. Le contrôle qui compte n’est pas le premier du processus, c’est le dernier avant qu’une porte s’ouvre.
L’ampleur du phénomène a changé d’ordre de grandeur en dix-huit mois. Gartner attend qu’un profil de candidat sur quatre soit faux ou synthétique en 2028, et qu’au moins la moitié des candidatures reçues sur les postes IT à distance le soient déjà. Sur 19 368 entretiens en direct analysés entre juillet 2025 et janvier 2026, 38,5 % présentaient un comportement d’assistance dissimulée.
À qui ces chiffres s’appliquent réellement
Ils ne se répartissent pas uniformément, et l’écart est ce qui rend le sujet urgent pour une ESN plutôt que pour une entreprise en général. Le taux atteint 48 % sur les postes d’ingénierie logicielle et tombe à 12 % sur les postes commerciaux, ce qui suit exactement la ligne de partage entre ce qui s’évalue par une épreuve technique à distance et ce qui s’évalue par une conversation.
Le second facteur est la distance. Un poste sur site avec un entretien en présentiel ferme la plupart des scénarios de fraude par la géométrie de la situation, alors qu’un poste entièrement distant, payé en devise forte, avec un accès à un dépôt de code, est exactement la cible que décrivent les rapports.
Le troisième est le délai. Les processus rapides, où l’on cherche à placer quelqu’un en dix jours parce que le client attend, sont ceux où l’on saute la vérification de références et où l’on accepte un entretien technique enregistré plutôt qu’en direct. La pression commerciale et la surface d’attaque augmentent ensemble.
Pourquoi une ESN est doublement exposée
Parce qu’elle ne recrute pas seulement pour elle. Un employeur direct qui embauche un faux profil subit un mauvais recrutement, ce qui coûte cher et se répare ; une ESN qui place ce profil chez un client a mis une personne non identifiée à l’intérieur du système d’information d’un tiers, sous un contrat qu’elle a signé et dont elle répond.
La clause de confidentialité que vous avez négociée avec ce client suppose que vous savez qui travaille pour vous. C’est une supposition contractuelle, et 41 % des entreprises ont déjà recruté un candidat frauduleux sans s’en apercevoir, ce qui veut dire que la supposition est fausse plus souvent que le secteur ne l’admet.
Il y a une conséquence commerciale qu’on n’anticipe presque jamais. Le jour où un client découvre l’affaire, il ne vous reproche pas d’avoir été trompé, il vous reproche de ne pas avoir eu de procédure. La question qui arrive alors est « montrez-moi comment vous vérifiez », et une réponse improvisée coûte le compte entier.
Ce que la détection automatique ne règle pas
31 % des entreprises seulement ont déployé un outil de détection, et ce chiffre est habituellement présenté comme le problème. Il est plutôt le symptôme d’une intuition juste : un logiciel qui note la probabilité qu’un visage soit synthétique répond à la question de la falsification de l’image, pas à la question de savoir qui fait le travail.
Les deux scénarios les plus fréquents n’ont d’ailleurs rien de spectaculaire. Une personne réelle passe l’entretien pour une autre, qui prendra le poste ; ou une personne réelle passe l’entretien en étant assistée en direct, ce qui laisse une image parfaitement authentique. Aucun détecteur de deepfake ne voit ni l’un ni l’autre, et 61 % des candidats identifiés comme trichant avaient franchi les seuils d’admission.
L’argument vaut d’être posé clairement, parce qu’il revient dans toutes les conversations sur le sujet. Ajouter une couche d’IA pour détecter une fraude assistée par IA est le réflexe naturel, et c’est le même réflexe que celui qui a produit la boucle où les deux camps s’équipent et où la qualité de l’information baisse des deux côtés. La sortie ne se trouve pas dans la surenchère.
Les trois moments où une vérification a du sens
À l’entretien technique, en direct et avec des questions de suivi. Un exercice asynchrone mesure ce que le candidat, ou son assistant, a produit. Une conversation où l’on demande pourquoi telle décision a été prise, puis ce qui se passerait si la contrainte changeait, mesure ce que la personne comprend, et c’est très difficile à simuler en temps réel.
À la prise de références, sur un numéro que vous avez trouvé vous-même. Un contact fourni par le candidat prouve qu’il connaît quelqu’un qui répondra. Une entreprise appelée par son standard, où l’on demande à parler à un ancien responsable, prouve autre chose, et cette opération prend quinze minutes.
À la signature, avec une vérification d’identité formelle. C’est le moment où elle est de toute façon nécessaire, où elle ne surprend personne, et où elle protège réellement, puisque c’est juste avant que les accès s’ouvrent. Placée là, elle coûte peu et ferme le scénario le plus grave.
Ces trois contrôles ont un point commun qu’il faut assumer : ils demandent du temps humain, et ils le demandent précisément là où la pression commerciale pousse à en économiser. C’est un arbitrage de direction, pas une décision d’outillage.
Le scénario auquel personne ne se prépare
Le cas coûteux n’est pas celui qu’on détecte à l’entretien, c’est celui qu’on découvre après le démarrage de la mission. Une personne travaille depuis six semaines chez votre client, les livrables arrivent, et un détail finit par ne pas coller : un fuseau horaire qui ne correspond pas au domicile déclaré, une caméra toujours coupée, une facturation qui part vers un pays dont il n’a jamais été question.
Ce qui rend ce moment difficile est qu’il n’existe presque jamais de procédure. La personne qui remarque l’anomalie ne sait pas à qui elle doit en parler, la direction hésite entre alerter le client et vérifier d’abord, et pendant ce temps les accès restent ouverts. Le délai entre le doute et la décision est la seule variable qui compte, et il se joue à la conception, avant l’incident.
Décidez donc trois choses maintenant, tant que la question est théorique. Qui reçoit le signalement, ce qui est suspendu immédiatement et ce qui ne l’est pas, et à quel moment le client est prévenu. La bonne réponse à la troisième question est presque toujours « tout de suite », parce que le reproche qui coûte le compte n’est pas d’avoir été trompé, c’est d’avoir attendu de comprendre avant de le dire.
Notez enfin que la suspension d’un accès n’est pas une accusation, et qu’il faut le formuler ainsi en interne. Confondre les deux est ce qui pousse les équipes à repousser le signalement jusqu’à en être certaines, c’est-à-dire jusqu’à ce qu’il soit trop tard pour que la mesure serve à quelque chose.
Ce qu’il ne faut pas faire au passage
La tentation, devant ces chiffres, est de généraliser un contrôle biométrique à toutes les candidatures. C’est une mauvaise idée sur trois plans, et le juridique n’est pas le premier.
Le premier est l’efficacité : un contrôle appliqué à tout le monde au moment le moins engageant du processus déplace simplement l’effort de fraude, tout en ajoutant une friction que vos vrais candidats subissent. Le deuxième est la réputation, dans un marché où le candidat qui trouve le processus dégradant s’en va sans le dire. Le troisième est le cadre juridique : un traitement biométrique aux fins d’identification appelle une base légale solide et une analyse d’impact, et il ne s’improvise pas parce qu’un fournisseur a proposé une démonstration convaincante.
La règle qui tient est la même que pour tout le reste de ce blog : un contrôle se place là où il ferme une porte, et une décision qui ferme une porte reste humaine. Rien de tout cela ne s’automatise sans que quelqu’un valide, et c’est encore plus vrai quand la conclusion du contrôle est une accusation.
Ce que ça change à l’entretien lui-même
Le glissement le plus intéressant est que la fraude redonne de la valeur à ce que le secteur avait commencé à abandonner. L’entretien en direct, la question de suivi imprévue, l’appel de référence fait sérieusement : ces gestes coûteux étaient en train d’être remplacés par des épreuves automatisées, et ils redeviennent la seule mesure fiable.
C’est une bonne nouvelle mal habillée. Le processus qui résiste à la fraude est aussi celui qui évalue le mieux, parce qu’il repose sur une conversation où quelqu’un doit expliquer ce qu’il a fait. Reste à en dégager le temps, ce qui suppose d’en gagner ailleurs, et c’est exactement le travail qu’on peut déléguer sans rien risquer : les comptes rendus, les relances, la mise à jour des dossiers.
Questions fréquentes
Un logiciel de détection de deepfake règle-t-il le problème ?
Il en attrape une partie et il en laisse passer une autre, y compris chez les entreprises qui en ont déployé un. Gartner attend d’ailleurs que 30 % des organisations trouvent leurs outils d’identité peu fiables face aux deepfakes cette année. La détection est un filet, jamais la mesure principale.
À quel moment faut-il vérifier une identité ?
Le plus tard possible et avant que quelque chose s’engage, c’est-à-dire avant la signature et avant l’accès aux systèmes du client. Vérifier à la candidature coûte cher, agace les vrais candidats et ne protège de rien, puisque la fraude se joue à l’entretien technique et à l’embauche.
Peut-on demander une pièce d’identité à un candidat ?
Pour un recrutement, la vérification d’identité est légitime au moment de l’embauche, où elle est de toute façon nécessaire. La demander en début de processus, la conserver, ou la traiter par un dispositif biométrique, sont trois décisions distinctes qui appellent chacune une base légale, et la troisième une analyse d’impact.
Quels signaux ne coûtent rien à vérifier ?
La cohérence entre le parcours raconté et le parcours écrit, une référence appelée sur un numéro que vous avez trouvé vous-même, et un exercice technique conduit en direct avec des questions de suivi. Aucun des trois ne demande d’outil, et tous les trois demandent du temps humain.
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